« LE MILLESIME 2009 »

Publié le par Paul Coulon

 LA MAGIE DU CHIFFRE 9 !...

 

            Les années se terminant par un 9, plus que toute autre, ont engendré des millésimes capables de briller pendant plusieurs décennies. Est-ce si surprenant ?

            « Où en est, cinquante ans plus tard, le millésime 1959 ? »….  Cher à nos cœurs !...  tout particulièrement le 12 décembre… ou, après une  soirée à l’Echansonnerie des Papes, avec enfants petits enfants, pour fêter les Noces d’Or de Paul et Régine, un magnum de Beaurenard 1959 a été servi aux invités de la cave en fin de soirée. Ce cinquantenaire avait encore une belle robe, un très joli nez, truffé, et une fraîcheur en bouche remarquable. Belle bouteille.

 

            En alignant une douzaine de bordeaux de ce millésime désormais mythique, un club de dégustation pari­sien, a décidé de répondre à cette ques­tion. Ces vins sont-ils tous encore vivants ?

            Contre toute attente, tous les vins de ce millésime - nés alors que de Gaulle venait de s'installer à l’Elysée - sont superbes de jeunesse et de sève.

            Pourtant, à l'époque, le millésime 1959 ne paraissait pas taillé pour la grande garde, rappelle Bernard Burtschy. « Buvez-les vite » avait  titré la Revue du Vin de France, qui soulignait l’acidité basse du millésime facteur considéré comme rédhibi­toire. Selon l'idéologie  domi­nante de l'époque, un vin ne pouvait pas être bon à la fois dans sa jeunesse et dans sa maturité. Aujourd'hui, on pencherait plutôt   pour l'inverse.

 

            Analogie historique :

 

            Pourquoi une telle erreur de juge­ment ? Le millésime 1959 était né sous un soleil abondant, ce qui avait permis de bien faire mûrir les raisins, trop même, d'où une chute importante de l'acidité. Or l'acidité était considérée comme le facteur le plus important du vieillissement grâce à ses propriétés antiseptiques.  Mais elle n’est pas la seule, car la mémoire est courte.

 

            Une génération plus tôt, le 1929 s'était déjà inscrit dans la légende avec une année chaude et sèche qui a pro­duit des vins tout aussi sublimes, d'ailleurs toujours fringants. Débouché il y a quelques semaines, un domaine de Chevalier 1929, un grand vin des Gra­ves, a été  jugé « superbe de jeunesse et de fruit avec un incroyable velouté » par Philippe Faure-Brac, meilleur somme­lier du monde.

 

            Nous nous rappelons l’élogieux commentaire du grand Robert Parker, dans son guide 2007, qui retrouve, lui aussi, dans notre 1929, « du fruit »

 

« J’ai eu la chance, il y a 6 ans, de déguster à ce domaine le plus vieux Châteauneuf-du-Pape de ma carrière, le Boisrenard 1929…. De couleur ambre rouille clair, cette cuvée de 78 ans avait encore du fruit et dégageait de douces notes de grenache. Environ un tiers de la bouteille étant constitué de dépôt, mais quel vin fascinant !… »

           

            Plus loin dans le temps, les 1899 et 1869 sont toujours aussi étonnants de jeunesse comme le démontrent les splendides dégustations de la  maison Bouchard Père et Fils en Bourgogne. En ajoutant le jeunot millésime 1989, qui se situe à la même altitude, les férus de numérologie auront remarqué que tous les vingt ou trente ans apparaît avec une grande régularité un grand millési­me qui défraye la chronique, sans que l'on ne sache trop pourquoi. Un autre mystère.

 

            Ces grands millésimes pourraient rester aux rangs de plaisantes curiosités s'ils ne préfiguraient pas les millésimes récents, baignés de chaleur et de soleil, indéniables signes du réchauffement de la planète, dont la fréquence augmente. Avec la même question quasi existen­-  tielle des grands vins : « vieilliront-ils ? » L'analogie historique donne une réponse sans ambiguïté : malgré leurs acidités basses, ils vieilliront avec grâce, car ils partagent avec leurs prédécesseurs une autre caractéristique commune, la concentration, qui est l’autre facteur clé.

 

 

            La concentration explique d’ailleurs la beauté d'un autre millésime en 9, le 1949.

            Alors que tous ces millésimes sont très réussis à peu près partout en France, les 1999 et 1969 sont un peu  moins universels en raison de réussite moins évidente des bordeaux. Il  faut se déporter un peu plus à l'Est, en Bourgogne et dans le Rhône, pour trouver des grands   vins.

 

            Excepté 1939 où la France était occupée à d'autres tâches, les années en 9 forment, plus que toute autre, une série brillante de millésimes. Hasards de la climatologie ou de la numérologie ? Le millésime 2009, s’inscrit dans cette lignée avec un chaud mois d'août et un ensoleillé mois de septembre, gage de grands vins.

 

            Et ce n’est pas tout….  2009 ?  « Le plus grand millésime depuis les années 1940… » déclare Denis Dubourdieu professeur à la faculté d’œnologie à Bordeaux et grand propriétaire dans les Graves, ne fait pas dans le détail. La presse internationale non plus, d’ailleurs.            Sous la dictée des producteurs bordelais, le magazine spécialisé anglais Decanter n’hésite pas à titrer qu’il s’agit du plus grand millésime depuis soixante ans….  Et même l’austère New York Times s’y met. Pourquoi un tel enthousiasme ? Un mois d’août très beau et très particulièrement impressionnant. A Bordeaux, les merlots frisent les 15°…

 

            Terre de Vins en remet une couche et titre « Le millésime du siècle  »

            Le millésime 2009 va faire ses premiers pas dans nos verres. Il est attendu comme la promesse d’un très grand, une année exceptionnelle tant le climat fût particulier jusqu’aux vendanges. Il est de la lignée des années en 9, qui ne se vérifient pas pour autant à chaque décennie mais qui subliment les dégustations, de certains privilégiés, qui ont la chance de déguster encore maintenant, la fraîcheur d’un Bourgogne de 1899 ou la grandeur d’un Champagne de 1949.

 

 

 

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